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Au détour de deux photographies (1/2)

13 févr. 2019 Par jeannot88 Réagir
Pour changer un peu
- des "Gilets jaunes" qui « font chier » Berléand (pas à la hauteur, en généralisant ainsi, de ses immenses qualités d’acteur) mais qui devraient rester sur la qui-vive quand près de 90 députés et quelques ministres - l’imbécilité n’ayant pas de limites - ne trouvent rien de plus d’intelligent que de remettre, en ce moment, la taxe carbone sur le tapis,
- du "Grand Débat national" retardateur à mauvais escient et - en l’état - visiblement pipé,
- du « bagagiste » Benalla et son interminable « affaire de corne-cul » (selon Castaner qui doit être le seul à la trouver amusante et expose ainsi, en même temps que son profil de va-t-en-guerre et son laxisme, ses lacunes - ou sa complicité macronienne - de Ministre de l’Intérieur),
- et même du recyclage probable de Juppé au Conseil constitutionnel, préférant son intérêt personnel à l’intérêt général de Bordeaux...
je propose une digression en reportant mon intérêt sur deux photographies (déjà dévoilées sur ce blog), en vertu cette fois, des inscriptions qu’elles laissent paraitre plus que pour le sujet lui-même, Louis Joly.
De quoi s’agit-il ? A force de citer ponctuellement Madame Geneviève François, j’ai revu les portraits qu’elle m’a gentiment confiés et me suis posé la question de savoir ce que pouvaient bien être ces deux ateliers - l’un situé à Épinal et l’autre à Nancy - qui les avaient produits.
Ce faisant, je m’offre un sujet loin de la politique, de mes états d’âme et autres considérations diverses, tout en retournant - pendant ces vacances d'hiver mais seulement par la pensée, hélas ! - du côté de cette Région Grand Est qui, comme on le sait, ne m’est pas indifférente.
La plus grande photo, celle où Louis Joly pose "en totalité », est signée : « Est Woelflin 41 rue St Jean Nancy ». Hormis le prénom et le nom du père de Ginette écrits sans doute par la famille à l’encre verte, rien au verso.
Cela me contraindra à montrer en exemple le dos d’une autre photo, au format "carte de visite"… comme celle du photographe Scherr, que je traiterai dans un prochain article.
>>> Dans un premier document généalogique, madame Brigitte Caquelin nous fait l’éloge d’Ernest Woelflin : « Carte de visite du photographe professionnel Ernest Woelflin (1868-1939?). Dans sa thèse de doctorat sur " La Photographie à Nancy au XIXe siècle ", t.2, Christian Debize nous rappelle le parcours de ce photographe actif de 1889 à 1939. Né le 10 juin 1868 à Riquewihr dans le Haut-Rhin, Ernest Woelflin est le fils aîné d'un marchand tailleur de Colmar. N'ayant pas servi en Allemagne où il est réfractaire, le jeune homme arrive à Nancy en mars 1885. Son premier emploi le conduit chez Madame Racadot au médiocre talent d'opératrice. C'est là que pendant près de quatre années, il apprend tous les secrets de la chambre noire. Après cette formation, il s'installe à son compte au n°10 de la rue Saint-Nicolas. Confiant en l'avenir, il fait imprimer en capitales sur ces cartes de visite un programme de bataille résumé par ces mots " Photographie du Progrès ". Le succès est au rendez-vous. Vers 1892, son commerce lui rapporte déjà plus de 4 000 francs de bénéfices. A l'Exposition internationale du Commerce et de l'Industrie à Paris en 1899, il obtient une médaille d'or et une médaille d'argent. Dès 1901, il transfère son activité au 41 de la rue Saint-Jean dans des locaux plus vastes, au cœur du nouveau Nancy commercial. L'Exposition internationale de l'Est de la France, au Parc Sainte-Marie en 1909 prend pour lui l'allure d'une reconnaissance officielle. Dès sa création en 1911, son atelier de la rue Saint-Jean devient le siège social de l'éphémère syndicat des photographes de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges. Certaines personnalités n'hésitent plus à venir poser devant son objectif, ainsi le préfet Bonnet dont la photographie est publiée dans la revue " Nancy Illustré " en avril 1913. »
> Remarque : on observera qu’elle n’est pas tout à fait sûre de la date de son décès (1938) et que les difficultés finirent par supplanter le réel succès du photographe, l’ensemble étant confirmé dans l’extrait du document suivant : Thèse de doctorat d’histoire de l’art Présentée par Soonok RYU Dirigée par M. Pierre SESMAT, professeur émérite d’histoire de l’art, Université de Lorraine et M. Francis ROUSSEL, conservateur général des patrimoines honoraire, co-encadrant Soutenue le 10 Novembre 2018
Doctorant : Ryu SOON-OK
Titre :"Charles Masson, ses commanditaires et l'architecture domestique à Nancy pendant l'entre-deux-guerres"
>>> 1.1.Ernest Woelflin, une ambition contrariée (cat. 34)
Une villa, nommée Les Cigognes comme celle que Masson érigea en 1923 à Saurupt mais située actuellement au n° 23 de la rue Léonard-Bourcier à Nancy, eut pour maître d’ouvrage Georges Ernest Woelflin. Ce nom évoque des origines alsaciennes, en effet le commanditaire naquit le 10 juin 1868 à Riquewihr dans le Haut-Rhin482 (fig. 91). Il était le fils d’Ernest Woelflin, tailleur puis maître tailleur, et de Catherine Bohnert. Ceux-ci restèrent au village, mais le jeune Georges Ernest, à seulement 19 ans, opta pour la France et s’installa le 10 avril 1887 à Nancy, au n°36 de la rue de la Hache. Il était alors apprenti chez Racadot, un photographe installé au n°7 de la place du Marché – donc à proximité de son logement – chez qui il fut initié à toutes les techniques de la chambre noire et notamment au portrait d’enfants, spécialité qu’il conserva lorsqu’il fut installé à son compte483. En 1889, il épousa Augustine Alexandre Chartier, tailleuse de son métier, donc dans la même profession que son père484. Née en 1869 elle était la fille cadette d’Hector Chartier, peintre en bâtiment, et d’Augustine Herminie Perrin, cuisinière485. Le couple dont sont issus trois garçons, Georges, Robert et René (T.2, p. 146 : A.G de la famille Woelflin), s’installa d’abord au 2ème étage d’une maison située au n° 12 de la rue Saint-Nicolas, dans un quartier populaire de Nancy. L’appartement, au loyer de 600 francs, comptait trois pièces dont l’une servait de laboratoire486. Selon sa première publicité, Georges appela son atelier la « Photographie du progrès ». Ultime étape de son intégration à Nancy, le 4 juillet 1892, il obtenait la nationalité française487.
1.1.1.Un photographe réputé L’activité professionnelle d’Ernest Woelflin fut tout à fait prospère. À sa spécialité dans le portrait d’enfants, il sut ajouter celle, très demandée alors, des portraits d’officiers488. Son investissement et son succès dans le métier se mesurent à sa participation aux expositions internationales et furent couronnés, en 1899, par deux médailles d’or et d’argent, avec
482. AD 68, N (1868) Riquewihr
483. DEBIZE Christian, La photographie à Nancy au XIXe siècle, thèse de doctorat d’histoire de l’art et archéologie à l’Université Paris 4 sous la direction de Bernard Dorival, 1982. Non paginé.*
484. AD 54, 2 Mi 570 : M (1889) Nancy
485. AD 54, 5 Mi 394/R 158 (1869) : N (1868-1869) Nancy
486. AM Nancy, 1 F 1154 : Registre de population à Nancy (1889)
487. AM Nancy, 1 F 1971 : Registre de population à Nancy (1910)
488. Conservatoire Régional de l’image, http://www.imagesdelorraine.org/index.pgi, voir les cartes de visite de l’établissement photographique Woelflin.
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félicitations du jury, lors l’Exposition Internationale du Commerce et de l’Industrie de Paris (fig. 92). Il devint même membre du jury – donc hors concours – pour l’exposition de Londres en 1902 puis à nouveau pour celle de Paris en 1904. Bien sûr en 1909, il participa à l’Exposition internationale de l’Est de la France de Nancy qui se tenait au parc Sainte-Marie : « La Maison Woelflin nous montrait un groupe important, véritable tour de force, de dimensions, de retouche et de netteté ; on voyait aussi des portraits fort bien venus et dont les clichés avaient été obtenus à l’aide du magnésium, une des spécialités dans laquelle l’atelier Woelflin excelle »489. Ultime preuve de son investissement professionnel, Woelflin était encore en 1936 trésorier du groupement syndical des photographes professionnels de Meurthe-et-Moselle. Grâce à sa réputation et à son succès, dans les années 1910, Ernest Woelflin déménagea au n°41 de la rue Saint-Jean dans un local pourvu d’un atelier plus vaste, comme le prouve le loyer montant à 1440 francs et il ouvrit une succursale à Lunéville, importante ville de garnison, au n°8 de l’avenue Voltaire490.
Plus tard, au milieu des années 1920, l’atelier fut transporté au n° 18 de la rue Saint-Dizier, cette fois pour un loyer de 3500 francs491. Ce changement d’adresse, toujours en plein centre de Nancy, dénote une réelle prospérité. La Maison Woelflin était alors une entreprise familiale où le père employait ses trois fils492.
Jusqu’au début du siècle, la résidence familiale n’était pas séparée de l’atelier. Mais à partir des années 1910, le domicile s’en éloigna : la famille habita au n°62 de la rue de la Commanderie avec un loyer de 1000 francs puis au n°20 de la rue de la Croix de Bourgogne, où le loyer atteignait 2200 francs. Là encore ces déménagements reflètent le succès professionnel de cette famille qui, du côté de l’intimité, traversa malheurs et bonheurs. L’infirmité, vers 1909-1910, de Madame Woelflin, à peine âgée de 24 ans, puis en 1919, le décès du fils aîné la frappèrent durement. Les deux autres frères, Robert et René, se marièrent respectivement en 1920 et 1924 à Nancy493.
489. COLLECTIF, Revue Générale de l’Exposition de Nancy 1909 et Palmarès de la Société Industrielle de l’Est, , Nancy : Société Industrielle de l’Est, 1910, pp.124-125.
490. Conservatoire Régional de l’Image, cartes de visite professionnelle du photographe Ernest Woelflin : http://www.imagesdelorraine.org/index.pgi (consulté le 22 mars 2012)
491. AM Nancy, 1 F 1971, 1 F 2169, 1 F 2354 et 1 F 2516 : Registre de population à Nancy (1910, 1914-1919, 1924 et 1928)
492. AD 54, 1 R 1458, 1 R 1486 et 1 R 1505 : Registres matricules militaires à Nancy (1915, 1918 et 1920). A leur âge de 20ans à chacun, la profession de trois fils d’Ernest Woelflin est indiquée tous comme ‘photographe’. 493. AM Nancy, 2 Mi 570 : M (1920 et 1924)
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La famille Woelflin retrouvant un peu de sérénité, le père mit en œuvre le projet de construction d’une villa dans le parc du Viray, un nouveau lotissement créé en 1926494. La date d’acquisition du terrain est inconnue mais elle se situe entre cette année et le 20 août 1930, date de réalisation des plans de la villa. Ces derniers ne portent pas le prénom du commanditaire mais c’est sans doute Ernest Woelflin, son fils René, né en 1900, ayant à peine 30 ans et n’ayant sans doute pas encore les capacités financières pour envisager un tel projet. Si toutefois ce dernier en était le maître d’ouvrage, il est fort probable que le père finança la construction. L’autorisation des travaux a été publiée par l’ICE daté du 3 mai 1931 et la matrice des propriétés bâties de 1932 confirme qu’il s’agit d’une construction nouvelle495. Les feuilles de ménage indiquent que René en était le propriétaire, son frère Robert, le cadet de la famille, un temps associé à l’entreprise, semblant disparaître de l’histoire familiale, à la suite de son divorce en 1930 et sans que l’on connaisse sa nouvelle adresse496. Construite sur un vaste terrain de 985 m2, la villa occupe seulement 78 m2 au sol : c’est la plus petite de toutes les villas « isolées » construites par Charles Masson. Pourquoi et comment Woelflin fit-il appel à Masson ? Le photographe a-t-il fait la connaissance de l’architecte dans le cadre de son studio photographique ? Peut-être. En tout cas, à n’en pas douter, l’ambition d’Ernest Woelflin était grande, aussi s’adressa-t-il à un des architectes les plus en vue de la ville et auteur de prestigieuses demeures au parc de Saurupt et, en même temps, lauréat du concours-exposition d’habitations à bon marché en 1929.
Le choix de construire la villa dans le parc du Viray pose quelques questions. Woelflin voulait-il offrir à son épouse infirme un cadre de vie plus propice à sa santé ? En effet la villa se situe à deux pas du site de Buthégnémont, réputé pour son calme, et du parc de la Cure d’Air. Ce souci pourrait aussi expliquer l’écart entre la taille importante de la parcelle et la petitesse de la maison, ce qui permettait de donner à la villa un environnement campagnard. À moins qu’il ne s’agisse d’un signe des contradictions qui vont se faire jour entre l’ambition du commanditaire et ses réelles possibilités financières : ce serait faute de pouvoir s’offrir un grand terrain à Saurupt où le mètre carré atteignait 60 à 90 francs dans les années 1920 que Woelflin aurait opté pour le Viray où le mètre carré ne coûtait que 10 à 30 francs497.
494. Le plan du lotissement du parc de Viray est paru sur l’ICE le 2 mai 1926 avec un article d’Emile Badel, « Le parc de Viray ».
495. AD 54, 3 P 394/ 53 : Matrice des propriétés bâties à Nancy
496. ‘Divorce’ in L’Est Républicain’ le 25 juin 1930 : selon ce journal, la femme de Robert Woelflin a présenté son avis de divorce sur le journal en passant par Me Duriez en raison de son mari sans domicile ni résidence connus en France.
497. Pour le prix du Viray, voir l’ICE du 9 mai 1926, pour celui de Saurupt, voir AM Nancy, 34W.
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La villa terminée, elle accueillit trois générations, les parents occupant vraisemblablement le rez-de-chaussée qui avait été doté d’une chambre pour madame Woelflin paralytique, l’étage supérieur étant réservé pour le jeune couple et ses deux enfants. Cependant, cette cohabitation dura très peu de temps. Les parents quittèrent la villa dès 1933 et retournèrent habiter rue Saint-Dizier, au 1er étage, au-dessus du premier magasin, puis rue Saint-Jean au n°54, au-dessus d’un nouvel atelier photographique. Deux ans plus tard, en 1935, c’est au tour des enfants Woelflin de quitter la villa ; ils s’installèrent dans une petite maison située au n°8 de la rue du Chanoine Blaise498. L’abandon de la villa par la famille Woelflin s’explique très certainement par des difficultés financières. Le regroupement des deux familles dans une villa de taille modeste en était sans doute un des signes avant-coureurs. Avec la création successive de trois magasins, Ernest Woelflin a sans aucun doute vu trop grand et a mal évalué la concurrence qui allait croissante499. Cette hypothèse va se vérifier. En effet le dernier atelier est mis en faillite le 7 septembre 1936500. Le tribunal de commerce de Nancy enregistra les difficultés d’Ernest Woelflin (fig. 93), son mobilier et son matériel furent saisis pour rembourser ses créances. Le produit de la vente, en avril 1936, ne suffisant pas à effacer le passif, la faillite fut prononcée. Ruiné, Ernest Woelflin s’éteignit le 27 mai 1938 au n°29 de la rue de Strasbourg.501
[…]
498. AM Nancy, 1 F 2827 : Feuille de ménage à Nancy (1930-1980)
499. Ainsi on trouve dans des journaux des années 1930, des publicités de certains de ses concurrents comme Gerschel et Demontrond, avec des titres de ‘photographe apprécié’ ou d’‘artiste photographe’.
500. AD 54, 6 U 2/ 911 : Le tribunal de commerce (faillites)
501. AM Nancy, 2 Mi 1932 : D (1938) Nancy
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jeannot88

L'auteur jeannot88 est l'auteur de ce message sur Les Voivres (Vosges) publié le mercredi 13 février 2019 à 17h16.

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