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Les Voivres
Actualité / Message

Sur les traces du "Bigor" RAKOTOJAONA

17 déc. 2019 Par jeannot88 Réagir
(photos Albert Zieba - documents Archives Pau et Caen)
Tout est parti de ma volonté de rendre hommage à quelques malheureux mais courageux artilleurs, un sous-officier et six soldats du 11ème R.A.C.L.H. (Régiment d’Artillerie Coloniale Lourde Hippomobile) qui, en se sacrifiant sans espoir mais pour l’honneur, sont « morts pour la France » en tentant de ralentir la progression d’une colonne blindée ennemie afin de permettre le repli de leur régiment, le 18 juin 1940 dans notre village de Les Voivres.
Parmi eux, un soldat d’origine malgache, RAKOTOJAONA.
Me souvenant d’avoir servi au Prytanée National Militaire au début des années 90 sous les ordres du Capitaine Nicolas GRAFF (maintenant Général) et connaissant, approximativement, sa brillante carrière, notamment d’Attaché Militaire de Défense à Madagascar, je l’ai sollicité pour m’aider dans mes déjà nombreuses démarches de recherches et de mise sur pied d’une cérémonie d’hommage, envisagée et désormais arrêtée au dimanche 21 juin 2020.
Il est allé au-delà de toute espérance puisque, après avoir monté un "Dossier Presse", il a d’emblée "activé" ses connaissances à Madagascar pour tenter de retrouver la trace du canonnier RAKOTOJAONA.
C’est ainsi, l’information est toute chaude et même si l’histoire est loin d’être terminée, que je peux vous faire part de ce que nous savons et a contrario ce que nous ne savons pas - ce qui pourrait bien finir par devenir "rocambolesque" - de ce Bigor (*) venu, de la lointaine « Ile Rouge » (en référence à la latérite qui y colore ses plateaux), alors annexée par la France, mêler son sang, rouge lui aussi, à la terre de ce petit village vosgien.
(*) appellation des militaires servant dans les régiments d'artillerie de marine
Bien qu’il soit assez difficile de retrouver les familles de ces valeureux "Bigors", les lieux de sépulture sont néanmoins connus (Caudan 29, Dirinon 29, L’Hôpital Camfrout 29, Nécropole nationale de Colmar 68 pour 2 d’entre-eux, Saint-Gilles-Croix de Vie 85) pour six des tués.
Tel n’est pas le cas de notre Malgache qui occupe à lui seul une partie de mes interrogations depuis 2017 et que je vais vous résumer ci-dessous, puisque, « après vérification, il s'avère que le soldat RAKOTOJAONA a bien été inhumé dans le cimetière de la commune de Les Voivres (88) avec 4 autres soldats », mais que « lors de l'exhumation de ces soldats, dans les années 1948-1949, le corps du soldat RAKOTOJAONA n'a pas été retrouvé. » (Sépultures Militaires Metz - 2018)
► lundi 8 mai 2017 : Jean NOËL à wvf@wvf-fmac.org
« Dans le but de rendre hommage à l'horizon 2020 aux morts du 11ème R.A.C.L.H. tués au combat de Les Voivres (Vosges) le 18 juin 1940, j'effectue des recherches concernant leurs familles et leurs éventuels descendants, notamment à propos du canonnier .RAKOTOJONINA pour lequel je ne possède - à part l'acte de décès dressé à Les Voivres le 19 juin 1940 - que les renseignements suivants : matricule 313 classe 1938 Tananarive Seriez-vous en mesure de m'aider ? »
► mardi 09/05/2017 : de WORLD VETERANS FEDERATION
« Pour votre information, la Fédération mondiale des anciens combattants est une organisation internationale non-gouvernementale qui regroupe des associations d'anciens combattants à travers le monde. Malheureusement nous ne pouvons pas vous aider directement avec votre recherche de personne. Pour cela, si il s'agit d'un ancien combattant français, nous vous conseillons de contacter l'ONAC: www.onac-vg.fr/ , ou si il s'agit d'un ancien combattant Malgache, vous pouvez contacter notre association membre au Madagascar :
Association des Anciens Combattants et Victimes de Guerre Originaires de Madagascar (ACOM)
B.P 395, Anosy Antananarivo Madagascar »
► mardi 09/05/2017 : de Directeur du service de la Sarthe ONAC-VG
« En raison de votre domiciliation le site « onac-vg » nous a transféré votre question. « Nous vous invitons à consulter la base des « morts pour la France 1939-1945 », dont le lien figure ci-dessous en utilisant les éléments d’identification en votre possession. Si l’intéressé a reçu la mention indiquée une identification peut-être possible http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/militaires_decedes_seconde_guerre_mondiale/ le site dont le lien figure ci-dessous peut permettre l’identification d’un lieu de sépulture si celui-ci est connu.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/sepultures_guerre/index.php Compte tenu du peu d’indications « de départ » il nous est impossible de vous communiquer plus de pistes de recherche. Néanmoins nous vous adressons nos encouragements pour la poursuite de vos recherches. »
► lundi 20/11/2017 de Jean NOËL à Lieutenant-Colonel GAGNAIRE
« J'avais écrit le 17 juillet 2017 à l'Association des Anciens Combattants Français Résidant à Madagascar pour tenter d’obtenir quelques renseignements sur le canonnier que j'appelais alors RAKOTOJAONINA. L'A.A.C.F.R.M. m'a alors conseillé, le 21 septembre dernier, de m'adresser au Centre des Archives du Personnel Militaire de Pau. Ce que j'ai fait. Je viens de recevoir sa réponse aujourd’hui et je vous la transmets en pièces jointes. - on découvre que le nom est RAKOTOJAONA, effectivement sans prénom, - on note également qu'il est bien décédé à Les Voivres (que le rédacteur a situé dans le Jura) le 18 juin 1940, - le Centre me transmet également sa fiche de "Mémoire des Hommes" qu'à ma grande honte je n'avais pas trouvée et je ne comprends toujours pas pourquoi. Elle n'apporte pas grand-chose de nouveau, sauf la Cote AC 21 P 140345 ; est-ce à dire que si j'écris (à défaut de me déplacer) - y compris pour les autres tués du 11ème R.A.C.L.H.au S.H.D. de Caen, comme semble le suggérer le C.A.P.M. dans sa réponse, il serait en mesure de m'envoyer des archives plus conséquentes ? A moins que vous soyez en mesure de le faire... ce qui aurait nécessairement plus de poids. »
► mardi 09/01/2018 : de Jean NOËL à Etat civil militaire et relations publiques
Office national des anciens combattants et victimes de guerre
Département de l'entretien & de la rénovation des sépultures de guerre
« Dans le cadre d'un hommage destiné aux combattants de la 10ème Batterie du 11ème RACLH qui se sont sacrifiés le 18 juin 1940 dans le village de Les Voivres (88), je recherche tout renseignement concernant le canonnier RAKOTOJAONA pour lequel je ne possède que la fiche annexée en pièce-jointe, aimablement communiquée par le CAPM de Pau.
Probablement enterré en urgence dans le cimetière du village, il aurait été exhumé puis transféré vers une destination pour le moment inconnue tant par la date que par le lieu. Peut-être pourrait-il se trouver dans une Nécropole nationale, comme deux de ses infortunés camarades dont j'ai retrouvé la trace dans celle de Colmar.
Vos services seraient ils en mesure d'étudier ma requête ? »
► jeudi 11/01/2018 : de Sépultures Militaires METZ à Jean NOËL
« Après vérification il s'avère que le soldat RAKOTOJAONA a bien été inhumé dans le cimetière de la commune de Les VOIVRES (88) avec 4 autres soldats.
Lors de l'exhumation de ces soldats, dans les années 1948-1949, le corps du soldat RAKOTOJAONA n'a pas été retrouvé.
De ce fait je ne peux vous indiquer de sépulture.
Il faudrait vous rapprocher de la commune de Les Voivres. » (observation : ce que j’ai évidemment fait)
► jeudi 18/04/2019 Général Nicolas GRAFF à MM. Arnaud LEONARD et Albert ZIEBA (deux professeurs de ses connaissances)
« Le 21 juin 2020 aura lieu une commémoration à la mémoire de Bigors du 11ème RLAC qui ont combattu dans le village de Les Voivres (88) pour ralentir la progression ennemie et permettre le repli de leur régiment. Les faits se sont déroulés le 18 juin 1940 alors que le général de Gaulle lançait son appel. Parmi les sept qui se sont sacrifiés il y avait un Malgache du nom de RAKOTOJAONA. Pensez-vous pouvoir faire quelques recherches sur celui-ci et en particulier savoir s’il a toujours de la famille à Madagascar ?
Voici les éléments connus sur lui :
RAKOTOJAONA
né vers 1917 à MORAFENO, canton d’ANKAZONDANDYy, district de MANJAKANDRIANA
fils de RAMAROJOANA et de RAZAFINDRASOA
Il était cultivateur et célibataire. Son numéro de matricule au recrutement est jf 313, classe de mobilisation 1938
Incorporé le 5 juin 1938 au 1er régiment mixte de Madagascar
Affecté au 11ème Régiment d’artillerie de Marine le 13 juin 1938 et embarqué le jour même pour la métropole où il débarque le 9 juillet 1938.
Mort pour la France le 18 juin 1940
Evidemment il y a plus d’une dizaine de Morafeno à Madagascar mais apparemment un seul village de ce nom dans la commune rurale d’Ankazondandy (18°42’06’' S - 47°47’31’’ E) qui est bien connue pour ses apiculteurs et pas trop loin de Tana (35 km au nord est à vol d’oiseau soit 50 km et 1h 30 en voiture via la RN 3), un belle balade en moto pour aller chercher du miel … et de bonnes infos ! »
► jeudi 09/12/2019 de Nicolas GRAFF à Jean NOËL
« Les recherches à Madagascar ont abouti grâce à M. Albert ZIEBA que je remercie encore. Quand on connaît l’immensité de Madagascar et la « qualité » de son réseau routier et quand on sait qu’il y autant de Morafeno dans le pays que de Saint-Martin en France, la mission tourne à l'expédition. Si on ajoute le fait que dans le milieu rural les enfants ne portent toujours pas le patronyme du père, cela devient très difficile, mais Albert ZIEBA a assuré car la bonne nouvelle est qu'il a trouvé des parents de notre RAKOTOJAONA à Morafeno. Il s’agit de la famille de Paul RADABASON et de Louisette RAVONIMALALA âgés de 82 ans. Ils ont trois fils : RAKOTOZAFY, RAKOTOMIZAO et RANAIVOSON et ce dernier a un numéro de téléphone.
Albert ZIEBA a par ailleurs relevé qu’il y avait un tsangambato à l’entrée du village mais ce n’est pas celui de RAKOTOJAONA. Le tsangambato, ou vatolahy, est une pierre levée commémorative, comme un menhir, d’ailleurs tsangambato se traduit littéralement par bâton (tsangana) de pierre (vato) et vatolahy par l’homme (lahy) de pierre (vato). Ces pierres sont dressées pour ceux qui sont morts au loin et dont les corps ne sont pas revenus au village pour reposer dans le tombeau familial. Le tsangambato vu n’est pas celui de RAKOTOJAONA, mais il y a là un projet possible à réaliser avec la famille.
Je joins quelques photos de la famille de notre bigor fournis par Albert ZIEBA. D’autres devraient suivre. »
>>> Même si nous n’y sommes pas encore et que le mystère reste entier autour de ce qu’est devenu le corps de notre Malgache « inhumé à l'angle nord-ouest du cimetière, tombe creusée par mon père » (selon Pierre BROGGINI) mais non retrouvé au moment de l’exhumation de ses camarades de combat (corps restitués en réalité aux familles entre les 19 et 30-10-1948), nous espérons progresser en approfondissant le contact avec cette famille identifiée.
Je ne connais pas ces professeurs et donc le bon réflexe était de chercher sur Internet. J’ai trouvé un lien
http://histegeo.org/article_Beniowski_JIR.pdf
qui, certes, n’a absolument rien à voir avec notre soldat mais qui me permet, à mon tour, de les remercier (notamment M. Albert ZIEBA) en faisant état d’une partie de leurs travaux qui pourra intéresser quelques lecteurs de ce blog, curieux d’histoire et de géographie.
Ainsi sur les traces de RAKOTOJAONA depuis Les Voivres en passant par la Fédération mondiale des Anciens Combattants (WVF-FMAC), l’Office National des Anciens Combattants-Victimes de Guerre (ONAC-VG), le Centre des Archives du Personnel Militaire de Pau (C.A.P.M.), l’Association des Anciens Combattants Français Résidant à Madagascar (A.A.C.F.R.M.), le Service Historique de la Défense (S.H.D.) de Caen, le Service des Sépultures Militaires de Metz, le site Mémoire des Hommes, la Nécropole de Colmar, GENEANET, etc., tout en (re ?)découvrant, en quelque sorte grâce à lui, les "aventures" du côté de la Grande Ile, de Maurice Auguste comte de Beniowski, mandaté par la France pour « former un établissement français à Madagascar »… puis quelque part trahi par elle, nous voici sur une piste sérieuse qui pourra peut-être nous permettre de résoudre cette énigme non encore élucidée.
Un beau "périple" géographique et historique auquel je ne m’attendais pas !
jeannot88

L'auteur jeannot88 est l'auteur de ce message sur Les Voivres (Vosges) publié le mardi 17 décembre 2019 à 09h07.

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