La France et le nucléaire
Saint-Nicolas-de-Port

Commune française (54210) de 7 677 habitants située dans le département de la Meurthe-et-Moselle

Mon 10 mai 1981

Politique et économie Mardi 10 mai 2011 à 10h24
Le 10 mai 1981, vécu de l'intérieur du PS, au travers des yeux de l'enfant que j'étais alors...

Le 10 mai 1981, j'avais 10 ans. Je n'ai pas de souvenirs précis du déroulement de la journée. En revanche, la soirée restera inoubliable, entretenue probablement par le souvenir commun.

J'habitais alors un petit village de campagne, en Nièvre (58). Ce village, comme beaucoup en France rurale, était historiquement à droite ; le canton à l'actvité principalement agricole était également (et est toujours) historiquement à droite. Mon père, instituteur (l'école port aujourd'hui son nom) fut le premier socialiste local à oser son coming out politique et à oser, dès les élections municipales de 1977, implanter une liste d'opposition municipale aux potentats paysans locaux. Ce jour-là, il était en pleine effervescence : il allait et venait sans cesse, de la mairie à la maison, de la maison à la mairie, et usait le cadran circulaire du téléphone gris. Ses colistiers arrivaient les uns après les autres... l'auberge espagnole.

Sur le mur de ma chambre, j'avais mis l'affiche de campagne : "La force tranquille. Je me souviens du magnifique dégradé de couleurs et du clocher de Sermages, petit village non loin de là.

18 heures. Il y eut le dépouillement. "Mitterrand. Mitterrand. Giscard d'Estaing. Mitterrand"... La gauche était en tête ! Pour certains observateurs ou dignitaires locaux, ce fut l'annonce d'un cataclysme : les chars russes s'approchaient de Nevers ! Les terres agricoles allaient être étatisées ! Pour d'autres, c'était un immense espoir qui les envahissait. Comme une traînée de poudre, l'information circula hors de des murs la petite mairie : ici, c'est Mitterrand !

20 heures. La section locale du PS fut invitée à la maison. Les résultats allaient tomber d'une seconde à l'autre... Ca y est, le visage du nouveau Président de République apparaît, ligne par ligne, dans un suspens insoutenable. Clameur : le haut du front dégarni, c'est Giscard qui rempile ! Mais les lignes de couleur continuent de former le visage du Président. Je ne sais plus combien de personnes se tenaient devant le poste de télévision, mais un hurlement collectif fit trembler les murs : Mitterrand ! C'est Mitterrand ! C'est l'enfant du pays ! La gauche au pouvoir !

Pas le temps de réfléchir. En un éclair la maisonnée se vida et les voitures se remplirent. Direction Nevers, le Palais des expos.

De cette soirée au Palais des expositions, je garde un véritable souvenir ému. Coups de klaxon, drapeaux floqués du poing et de la rose... Une foule hurlant et chantant, pleurant et riant, des roses à la main, se dirigeait vers le bâtiment. Embrassades. Poignées de mains. Cris.

Tout le gratin de la Nièvre socialiste était là. Pardon, tout le gratin de la Nièvre était là (socialiste, c'est un pléonasme). Mon père me présenta à ces gens hilares qu'il fréquentait assidûment depuis des années.

Sur l'estrade, les jeunes chantaient, comme ils pouvaient, d'inaudibles chansons. Puis des anciens entonnèrent "Le temps des cerises". Silence ému. Communion des âmes... Puis "L'Internationale". Les poings se levèrent. Des larmes perlèrent.

Toute la soirée, on passait d'un groupe à un autre, d'une discussion à une autre. Jaurès, Blum, Mitterrand, Epinay... On allait refaire le monde et briser le capitalisme !

François Mitterrand venait de faire une allocution devant la mairie de Château-Chinon, à quelques kilomètres de là. Historique. Il ne me faudrait plus regarder cet homme comme le maire de cette sous-préfecture morvandelle où je passais mes vacances, ou comme le maire auprès duquel mon grand-père, résistant et maquisard, avait été conseiller municipal. Il était désormais le Président de la France.

Aujourd'hui, il n'est plus de bon ton de s'afficher mitterrandien. Aujourd'hui, à l'évocation de son nom, la question est récurrente : "Mitterrand, de gauche ?"

En ce qui me concerne, Mitterrand restera celui qui a fait naître un grand espoir dans le peuple, qui a réuni les Français derrière des valeurs communes de Liberté, de Fraternité, de Solidarité, d'Humanisme. Il restera l'artisan de l'union de la gauche, de toutes les gauches.

Ce jour-là, mon père m'a appris ce qu'était le socialisme à travers la métaphore du pommier. Il m'a appris que le salut de l'Homme viendra de sa capacité à partager et à ne cueillir sur le grand pommier commun que les pommes dont il a besoin pour vivre. C'était probablement très simpliste, mais pas pour un enfant de 10 ans...

Source: http://www.davidsarrado.fr/article-mon-10-mai-1981-73520631....

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