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Codolet
Actualité / Message

Lucie, un siècle de vie...

28 juin 2017 Par balou30 Réagir
Ce 6 mai, Lucie Brahin a fêté ses 100 printemps. Cette  femme  est restée, malgré les années,  une femme de  caractère qui a surmonté, cet hiver encore, par sa vigueur physique,  sa hargne face  aux événements de la vie,   des alèas de santé   donnant la fierté  à notre village de compter une  centenaire , à  la  grande  joie  de ses deux  fils Hubert et Henry.
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Rappelons nous l'article  du midi libre paru le samedi 17 aout 2013
Lucie Brahin, 96 ans et une mémoire toujours intacte.
Le 6 mai dernier (2013), la doyenne de Codolet, Lucie Brahin fêtait ses 96 printemps, chez elle, entourée de ses fils Henry et Hubert, petits enfants et arrières petit enfants. Cette doyenne est contrainte à vivre, depuis quelques années en retrait de la vie contemporaine, assise des journées entières dans son fauteuil derrière la fenêtre et face à la télévision comme pour capter des images sonores d'un monde qui lui est devenu invisible. Aveugle et se déplaçant avec difficulté, sa journée lui semble longue rythmée par les passages de l'auxiliaire de vie, la visite de quelques voisines, les appels téléphoniques de sa sœur de Domazan qui lui rend compte des nouvelles parues dans le journal.« devenir vieux, c'est bien ..mais je ne peux plus bricoler ». Cette vieille dame habituée à l'action , à l'autonomie se soumet contrainte par son état à la surveillance bienveillante et constante de sa belle -fille Armelle et de son fils Hubert dont l'appartement est contigu au sien.
A mon arrivée, sa silhouette déambule des toilettes s'aidant d'un cadre de marche et s’assied au fond d'un fauteuil à larges accoudoirs selon un rituel que l’on devine ancré dans une longue habitude. Lucie semble subir son destin depuis la perte de la vue et ses problèmes de locomotion.« Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit » comme chantait Brel dans « les vieux ».
Le visage austère, voir froid, la voix posée, détachant les mots, les ponctuant de courts silences comme pour en vérifier le bon usage , la vieille dame fait défiler sa vie comme un livre qu'elle feuillette chronologiquement page par page toutes imprégnées d'intimité, d'émotion et d'histoire locale.
Née le 6 mai 1917 à Pouzillac, fille aînée d'une fratrie de 5 enfants, elle a été élevée dans la rigueur du travail bien fait dans le respect de l'ordre par son père, haut alpin, militaire de profession. A l'évocation de ce dernier, elle ne put se retenir d'émettre un regret : « si j'avais été un homme j'aurais aimé être militaire..mais à cette époque là on ne prenait pas de femme », « j'aime la discipline, l'ordre .....quand je dis quelque-chose , j'aime que ça soit fait tout de suite...et comme il le faut » .
Partie dès 12 ans faire ses études chez ses grands parents dans les hautes-alpes, elle rentre à Pouzillac à 17 ans avec son brevet d'études en poche. « Trouvant maman enceinte d'un 5ème enfant,.... presque sur le point d'accoucher...je suis restée pour l'aider renonçant à m'inscrire à l'école normale.
Elle arrive à 19ans à Codolet oû elle fit connaissance de Louis Brahin, viticulteur, qu'elle épousa un an après et avec lequel elle aura deux fils, Henry et Hubert. En épousant Louis Brahin, la jeune mariée adopte la carrière de commerçante en succédant à sa tante et à sa belle-mère à l'épicerie, bureau de tabac et dépôt de journaux, la boucherie et la régie locale des contributions indirectes. «en plus du travail du commerce, je devais m'occuper de la maison...mais c'était le bon temps ....et le soir j'allais bricoler dans mon petit jardin ».« j'ai même été correspondante locale pour la Marseillaise».
Cette femme de caractère, d'action, dut faire face prématurément , à 44 ans , au décès de son mari âgé alors de 48 ans se réfugiant dans le travail et l' éducation de ses deux fils.
Au récit de ce drame, la vieille dame, tel un roc , ne semblait pas émoussée, prétextant le fatalisme « c'est la vie.. », mais les silences qui suivirent, signaient malgré elle sa souffrance intérieure. Comme pour se détacher de ce souvenir douloureux, elle évoqua, tel un livre d'histoire, des brides d'événements locaux , mélangeant la nostalgie d'une époque heureuse « c'était le bon temps.. », à des moments plus dramatiques du villages : le passage des allemands dans Codolet en 39, 42( » je ne sais plus exactement« ) , les inondations de 58, 2002 et 2003.
Mémoire vivante de notre village, au terme de notre entretien, la vieille dame pose pour la photo esquissant l'ébauche d'un sourire: « c'est difficile de sourire...ça fait 52 ans que j'ai perdu mon mari ».
balou30

L'auteur balou30 est l'auteur de ce message sur Codolet (Gard) publié le mercredi 28 juin 2017 à 14h26.

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