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N°7 Abraham et François-Marie Peirenc de Moras propriétaires du Ménillet

23 mars 2021 Par Mesnil-Forterest Réagir
Abraham Peirenc de Moras inspecteur de la compagnie des Indes acheta le Ménillet à la comtesse de Verüa dans son hôtel particulier.
La scène va se passer rue du cherche-midi, à Paris ; dans un hôtel particulier dont la construction ne datait alors que de quelques années et qu’on chercherait vainement aujourd’hui aux alentours du boulevard Raspail.
Lorsqu’en ce tout début d’été 1728, le 20 juin exactement, Abraham Peirenc de Moras se rend à cette adresse, domicile de la comtesse de Verrue, très haute et très puissante Dame Jeanne Baptiste d’Albert de Luynes (elle est veuve du comte Joseph Ignace de Scaglia depuis 1704) le destin du château et de la terre & Seigneurie du Ménillet est sur le point de s’infléchir inexorablement. En effet, Peirenc de Moras ne vient pas seul : il est accompagné de son notaire parisien, Thomas Simon Perret ; il a besoin de lui pour établir l’acquisition du château de Champrose, de la vieille Seigneurie du Ménillet avec les bois et les terres qui vont avec, motif de son déplacement.
Au soir de cette journée, les dés sont jetés : avec le marquis de Moras comme nouveau propriétaire c’est une nouvelle existence qui commence pour le Ménillet et celle-ci durera jusqu’à la fin de l’ancien régime.
Seigneurie depuis les temps les plus anciens, le
Ménillet va descendre de plusieurs crans sur l’échelle des terres nobles, même si elle gardera toujours sa qualité de Seigneurie. Non seulement ce ne sera plus qu’une dépendance du château très voisin de Champrose, mais ses vastes bâtiments n’auront désormais plus qu’un usage agricole. On est loin, alors, de sept siècles d’une existence toute différente et fort mouvementée, où la part de la culture n’avait pas été primordiale.
Abraham Peyrenc de Moras est un financier français, né en 1684 et baptisé dans la religion protestante, au temple d'Aulas, à quelques kilomètres du Vigan. il est issu d'une famille roturière et souvent qualifié de fils de perruquier. En réalité, sa famille a commencé dès le xviie siècle son ascension sociale puisque son grand-père était marchand chapelier et son père chirurgien juré, collecteur des tailles et bourgeois du Vigan. Abraham les a surpassés et a connu une ascension sociale fulgurante dans le Paris du xviiie siècle, consacrée par son anoblissement en 1720. Il est mort en 1732 à Paris, à l'âge de quarante-huit ans.
Des rencontres décisives.
L'édit de Nantes a été révoqué en 1685. Abraham est le quatrième enfant de la famille Peyrenc. Son père est chirurgien juré. En province, le chirurgien dont le métier touche au corps peut aussi faire office de barbier[2]. Il a réussi à acheter une charge de secrétaire du roi et la terre de Saint-Cyr. Certains de ses enfants ont quitté le royaume pour s'installer en Angleterre et continuer à exercer leur foi[3]. Abraham, quant à lui, quitte le Vigan vers 1703. Selon les uns, il s'enfuit à Genève[4] où il rencontre les Bégon, viganais comme lui, et comme lui, partis pour cause de religion. Les Bégon sont dans les finances et auprès d'eux, il prend le goût des affaires. Selon les autres, il passe par Lyon où il commence sa carrière comme commis puis associé de Simon Le Clerc, marchand drapier. Dans les deux cas, il poursuit sa route pour Paris où il s'enrichit et se convertit au catholicisme.
Son biographe, le marquis de Lordat, écrit : « Le rigide huguenot qu'il croyait être cède au premier contact avec une existence plus large. Il s'effondre au contact d'un milieu où on ne songe qu'aux gains, à l'accumulation des richesses et cède au veau d'or. »
D'autres préfèrent s'en amuser et livrer un récit plaisant[5] :
« Un beau matin, nouveau cadet de Gascogne, le jeune Abraham se mit en route pour la capitale; mais au lieu d'épée, il portait un démêloir: car pour les débuts, son choix était forcé, et il ne pouvait espérer vivre que du métier paternel. La situation de garçon perruquier n'ouvrirait que des horizons modestes à un homme ordinaire, mais celui-ci était bien fait, spirituel, avenant et digne précurseur de Gil Blas, il réussit à se faire apprécier d'un riche bourgeois qui le prit à son service. Voici donc Abraham Perrin devenu valet de chambre-barbier chez François-Marie Fargès. C'était un maître important, ex-soldat, ensuite munitionnaire... possesseur de 500 000 livres de rente. Cette dernière qualité semble avoir hypnotisé Perrin. Fargès avait une fille âgée de seize ans... Le valet devint le gendre de son maître. »
Avec cet homme parti de rien et devenu munitionnaire général des armées du roi, Abraham va être à bonne école. Il exerce la fonction de secrétaire puis d'homme de confiance et devient son gendre. Il épouse Anne-Marie-Josèphe de Fargès qui va lui donner trois enfants, dont François Marie Peyrenc de Moras, qui sera contrôleur général des finances de Louis XV. Il suit en cela l'exemple de son beau-père qui fut dans sa jeunesse remarqué par le sieur Lagrange, entrepreneur des fourrages et des fortifications, employé par lui et finalement associé à son entreprise. Le mariage avec la fille de son employeur fut le tremplin de sa réussite, d'autant qu'il devint munitionnaire, un des moyens les plus rapides pour s'enrichir alors.
L'entreprise de Fargès comme tremplin dans le monde des Finances
Sous le règne de Louis XIV, les guerres se succèdent et le Secrétariat d'Etat à la guerre conclut chaque année des contrats avec des associations de plusieurs entrepreneurs appelés les munitionnaires qui s'engagent à fournir à un prix convenu les rations de pains de munition, à savoir le fourrage, les chevaux, la nourriture et les habits nécessaires aux garnisons ou aux troupes en opération pendant la durée de chaque campagne[6]. Ces contrats peuvent atteindre des millions de livres. Les munitionnaires ne perçoivent en numéraire qu' un acompte du quart de la somme. Le solde est réglé par la remise de billets financiers gagés sur les caisses de l'Extraordinaire des guerres. Le munitionnaire qui a intérêt à garder les acomptes en numéraire règle le prix des marchandises aux entrepreneurs en vivres, au moyen de lettres de change, payables à une échéance déterminée auprès du banquier sur qui elles sont tirées.
Si la compagnie autour de Fargès est fondée en 1710, celui-ci a commencé son activité lucrative bien avant. Son rôle ne se cantonne pas aux achats. Il intervient comme financier en avançant des sommes considérables. En 1707, il réclame au Contrôleur général des Finances son dû, à savoir quatre millions de livres. La réussite de Fargès est liée à sa collaboration avec un réseau international de sous-traitants et de banquiers maniant le change et le crédit. Du fait du retard des paiements d'avances promis par le secrétaire d'Etat, Daniel Voysin de la Noiraye, Fargès est en proie à des problèmes de trésorerie en 1712 et en 1715, il doit suspendre ses paiements. Il s'est cependant considérablement enrichi en trafiquant sur les billets de l'extraordinaire des guerres, tout comme Abraham. Ce dernier est inquiété en 1715, après la mort de Louis XIV, lorsque le Régent décide de poursuivre les banquiers coupables de malversations. Taxé à plus de 2 millions de livres, il préfère s'exiler pour quelques mois en Angleterre. Revenu dans le royaume, il se lance avec Fargès dans une nouvelle spéculation.
Comme la relance des affaires est indispensable au rétablissement du Trésor Royal, le Régent donne son accord au projet de l'écossais John Law, qui fonde à Paris, dans la rue Quicampoix, une banque privée sous la forme d'une société par actions. Le système de finances inclut en 1717 la fondation de la Compagnie des Indes qui repose sur la mise en valeur de la Louisiane. Les actions s'échangent contre de l'or mais elles peuvent être aussi payées par le biais des billets d'Etat. Leur prix monte, des actions de 150 livres s'achètent jusqu'à 10 000 livres. La banque devenue royale reçoit le monopole de la frappe des monnaies.
L'enrichissement grâce au Système de Law.
Fargès souscrit pour un million de livres dans la Société et compte parmi les gros Mississipiens. Il vend au plus haut avant que le Système ne s'effondre en 1720. Il présente au Visa pour 27 millions de billets et lettres de change contre lesquels il reçoit 20 millions de nouveaux billets d'Etat. Devenu très riche, il achète deux charges de secrétaire du roi, une pour lui et une autre pour son père, notaire royal dans les Monts du Lyonnais. La savonnette à vilain fonctionne à plein régime.
Avec un aussi bon maître, Abraham Peyrenc a fait lui aussi son chemin. Il devient un des banquiers les plus courus de la capitale. Dès 1719, sa fortune est assurée et il peut se retirer des affaires et entrer dans l'administration. En 1720, il achète la charge de secrétaire du roi et est anobli. Il achète des terres. Mais la noblesse de terre ne lui suffit pas, il lui faut la noblesse de robe. Pour passer ses degrés, il doit apprendre le latin et le droit. Il s'entoure de maîtres qui les lui apprennent et se fait recevoir avocat, la condition nécessaire pour acheter la charge de maître des Requêtes qui coûte une fortune, plus de 200.000 livres. De 1720 à 1722, il est conseiller au Parlement de Metz puis maître des requêtes. S'étant fait le confident de Louise Françoise de Bourbon (1673-1743), fille naturelle légitimée de Louis XIV, duchesse de Bourbon, il est nommé chef de son conseil en 1723. En mars de la même année, il devient membre du bureau du Premier Conseil des Indes et en août, il passe inspecteur de la Compagnie[7]. Le sacre a lieu en 1731 quand il devient commissaire du roi auprès de la Compagnie. Un commissaire relève du seul Contrôleur général des Finances, il est le véritable maître de la Compagnie.
Ce portrait est la preuve de son ascension sociale par l'entrée dans l'ordre de la noblesse. Il exprime le désir de consécration d'une nouvelle noblesse qui s'essaie au modèle aristocratique. L'esthétique du portrait attribué tantôt à Nicolas de Largillière, tantôt à Hyacinthe Rigaud hésite entre l'image officielle, pompeuse et guindée et le portait psychologique. Abraham Peyrenc qui a acquis le marquisat de Moras est éternisé dans un léger trois-quarts, sourire aimable, regard sans insolence, perruque bouclée sans aucune raideur, habit de velours de soie rehaussé d'un savant négligé de dentelles. Les qualités humaines du personnage sont mises en avant, bien plus que l'importance de ses charges ou de sa fortune. Les armoiries qu'il s'est choisies reflètent le chemin parcouru depuis le Vigan: de gueules, semé de cailloux d'or, à la bande d'argent brochante.
L'achat de terres et d'immeubles.
En cévenol prudent, M. de Peyrenc se retire des affaires, sa fortune faite, et place son argent dans l'achat de diverses seigneuries. Entre 1719 et 1720, il acquiert pour 1 089 400 livres d'immeubles, et dans la décennie suivante pour 1 662 767 livres. Il semble acquérir ses domaines lorsque l'occasion se présente[8].
Le 5 août 1719, il achète à la duchesse de Brancas la seigneurie de Moras (près de la Ferté sous Jouarre en Brie) moyennant 118 400 livres. Ce marquisat va lui donner ses titres de noblesse et son patronyme « Peyrenc de Moras ». Le 3 octobre de la même année, il achète aux créanciers du vicomte de Polignac les terres, seigneurie et dépendances d'Ozon, Rioux, Saint-Amant, Roche-Savine, Boutonargues, Saint-Pal, Châteauneuf-de-Randon, moyennant 546 000 livres. Le 4 janvier 1720, il achète une grande maison à Montfermeil, à quatre lieues de Paris, le 11 octobre de la même année, la baronnie de Peyrat et le 21 février 1723, deux emplacements à bâtir, place Louis-le-Grand, à Paris. Il devient seigneur de la ville de Saint-Etienne en Forez, une des plus grandes villes manufacturières du royaume, en achetant le 3 août 1723 la seigneurie de Saint-Priest-en-Jarez, à la famille d'Urgel de Saint-Priest, moyennant 400 000 livres. C'est son deuxième marquisat. En 1725, il rachète les dettes de jeu de Léonard Hélie de Pompadour, grand sénéchal du Périgord et marquis de Laurière, en échange de sa seigneurie[9]. C'est son troisième marquisat. En mai 1728, il acquiert le comté de Clinchamp dans le Perche (Province du Maine) moyennant 450.000 livres, puis le 20 juin il achète à Jeanne Baptiste d’Albert de Luynes (Comtesse de Verruä) les terres et les châteaux de Champrose, du Menillet, de Villemigeon près de Tournan en Brie. Cette liste déjà impressionnante n'est pas exhaustive et passe sous silence quelques fiefs et quelques maisons parisiennes destinées à la location ou à la vente.
Ayant acquis sur Law deux emplacements à bâtir sur la place Louis-le-Grand, M.de Moras demande à l'architecte Jacques Gabriel, acheteur du troisième lot, d'édifier à son effet deux belles maisons. La plus grande est vendue à Jean de Boullongne, alors premier commis des Finances, l'autre est cédée au marquis des Alleurs pour en jouir de son vivant ainsi qu'à son frère, le chevalier des Alleurs, pour partie du prix sur la terre de Clinchamp.
A la campagne, la famille Moras possède un certain nombre de belles demeures dont la maison de Montfermeil à quatre lieues de Paris, le château de Champrose et de l’ancienne seigneurie du Ménillet à neuf lieues de Paris, celui de Moras en Brie et celui de Cherperine (orthographe actuel : Chèreperrine) dans le Perche, paroisse d'Origny-le-Roux. Le château de Moras semble avoir été inhabité. L'inventaire après décès décrit un château dont l'intérieur est sans lustre, les tapisseries vieilles, la marqueterie des meubles usée et les miroirs des trumeaux décollés. Les tableaux sont les portraits de feu Louis XIV et autres rois ou seigneurs. M. de Moras, dans les demeures qu'il habite, affectionne les tableaux inspirés des métamorphoses d'Ovide ou bien des motifs de fleurs, de fruits et de chasse. Les dessus-de-porte de Montfermeil et ceux de l'hôtel de Varennes en sont l'exemple. Les lustres sont de cristal d'Allemagne, les marbres d'Italie, les commodes de palissandre. Le château de Cherperine sert de maison de plaisance à la belle saison.
A Paris, les Moras habitent en 1727, un hôtel bâti par Jacques Gabriel sur la place Louis-le-Grand, actuelle place Vendôme. Ne jugeant pas cet hôtel digne de lui, M. de Moras décide de s'en faire bâtir un autre. Il veut manifestement étaler sa magnificence aux yeux de la vieille noblesse et l'éblouir de son luxe. La revanche du parvenu. Il fait donc l'achat de vastes terrains, dans un quartier neuf, près de l'hôtel des Invalides, au bout de la rue de Varennes, presque désert et loin du tapage de Paris. Terrain vague issu d'anciennes sablières comblées[10], le choix de ce lieu pour la construction de sa demeure n'est pas anodin[11]. Outre le voisinage du Palais Bourbon, où réside la duchesse douairière Louise-Françoise de Bourbon dont il est le Président de son conseil, aucun autre secteur ne dispose d'autant de terrains constructibles. La construction des Invalides a entraîné l'urbanisation de cette zone restée à l'écart de la ville. De plus, ces rues parallèles à la Seine offrent des terres suffisamment longues pour édifier des hôtels entre cour et jardin. M. Peyrenc de Moras achète d'abord une parcelle de cinq hectares 33 ares puis il échange d'autres terrains avec le marquis de Saissac pour obtenir une superficie d'un peu plus d'un km2.
En possession de son terrain, il s'adresse, pour le dessin de son hôtel, à l'inspecteur général des bâtiments du roi, Jacques V Gabriel, et confie le soin de sa construction à un architecte des bâtiments du roi, Jean Aubert. Ce sera l'hôtel, connu plus tard sous le nom d'hôtel Biron, qui abrite aujourd'hui le musée Rodin.
Jean Aubert conçoit à partir de 1728 cet hôtel parisien entre cour et jardin, dégagé sur ses flancs et dressé sur un véritable parc, comme un château[12]. Il est à la fois une maison de ville et une maison de plaisance. La parcelle de très grande dimension lui permet de placer l'hôtel dans un cadre de verdure qui l'entoure complètement, sauf sur la partie droite de la cour. Les jardins sont visibles de toutes les pièces, même des chambres latérales. Un couloir central, innovation du xviiie siècle possible uniquement en l'absence de murs mitoyens, distribue les pièces sur chacun des deux côtés, avec un éclairage provenant en partie des fenêtres latérales aux deux extrémités. Isolé sur une plate-forme accessible grâce à quelques marches, l'hôtel comprend trois niveaux: un entresol percé de fenêtres coiffées d'un arc surbaissé, un haut rez-de-chaussée et un étage, séparés d'un bandeau mouluré. Le corps de logis couvre une surface de 354 m2, la cour d'honneur a une largeur de 32 mètres et une profondeur de 48 mètres. Les écuries très vastes pourraient recevoir trente-deux chevaux. Les plans suivis par l'architecte Jean Aubert sont dans le plus pur esprit d'architecture rocaille, à la mode de l'époque. Les plans, coupes et élévations ainsi que le plan du jardin figurent dans le traité de l'architecture française de Jean-François Blondel de 1752[13].
En 1729, M. Peyrenc de Moras commande à François Lemoyne dix-huit peintures décoratives, inspirées des Métamorphoses d'Ovide, la majeure partie, des dessus-de-porte[15]. Le grand salon est décoré avec les quatre point du jour. Aurore et Céphale illustrent le matin, Vénus montrant à l'Amour l'ardeur de ses flèches illustre le midi, Le retour de chasse de Diane le soir et Diane et Endymion la nuit. Le thème central est supposé être Amor vincit omnia.
L'héritage laissé par Abraham Peyrenc de Moras Modifier
En 1731, la famille Peyrenc de Moras emménage. Mais le père de famille ne profite pas longtemps de la magnificence de sa demeure puisqu'il décède le 20 novembre 1732, avant le total achèvement de la décoration intérieure du premier étage. Sa veuve loue l'hôtel à la duchesse du Maine en 1736. A la mort de cette dernière, les héritiers Moras le vendent, moyennant 500 000 livres, à Louis-Antoine de Gontaut-Biron.
La renommée du financier passe à la postérité, tant son ascension a été vertigineuse. Il ne laisse jamais indifférent, suscitant la hargne des uns, le mépris des autres ou tout au contraire l'admiration. L'annonce de la mort du marquis fait dire au chansonnier Collé: Il est mort hier un de nos Crésus, M. de Moras, qui laisse de 8 à 900.000 livres de rentes, des palais, des châteaux, de grandes terres, et tout cela acquis en très peu de temps. Il n'avait pas 50 ans. Dans son journal, Edmond-Jean-François Barbier développe sensiblement la même pensée.
Novembre 1732.
« Le 20 de ce mois, on enterra ici un nommé Peirenc de Moras, âgé de 46 ans, maître des requêtes et chef du conseil de Mme la duchesse douairière. Cet homme était fils d'un barbier perruquier dans une petite ville de Saintonge (sic), lui-même avait rasé. Il est venu ensuite à Paris qui est le refuge de gens de toute espèce. Cela a brocanté, négocié sur la place avant la fameuse année 1720 du système de Law. Cela avait plus de mauvaises que de bonnes affaires, mais comme cela n'avait rien à risquer, il a tout hasardé dans le système. Il a eu le bonheur de réaliser. Il avait l'esprit pour connaître les chemins pour se pousser dans ce pays-ci. Enfin, il meurt riche de douze à quinze millions, tant en fonds de terre qu'en meubles, pierreries et actions sur la Compagnie des Indes. Il a fait bâtir dans le faubourg Saint-Germain la plus superbe maison qu'il y ait à Paris. Ceci seul fait le portrait de notre gouvernement. Voilà un homme de rien qui, en deux ans de temps, est devenu plus riche que des princes et cette fortune produite par ce malheureux système est composée de la perte que deux-cents particuliers ont faite sur des biens de famille ou sur des biens acquis, après trente ans de travail dans toutes sortes de professions! Cependant on a laissé cet homme parce qu'il a été à portée de distribuer un million à des seigneurs et p... de la Cour, et on le place dans une charge honorable de la magistrature. Il laisse une veuve et trois enfants. Sa veuve est la fille de Fargès, ancien munitionnaire de vivres, soldat dans son origine, qui jouit de 500 000 livres de rente, et qui a le secret de ne pas payer un de ses créanciers. Il y a déjà plus d'un seigneur à la Cour qui songe à épouser cette veuve. »
Les commentaires contradictoires relèvent très souvent de cancans. Beaucoup ne retiennent que l'ancien valet ou le barbier, d'autres prétendent qu'il a acheté le silence sur ses origines par les prêts généreux qu'il concède. Le vicomte de Reiset est le plus magnanime, il dit de M. de Moras qu'il est respecté et honoré de toute la société parisienne, ajoutant que sa veuve reçoit les hommes les plus en vue à la ville et à la Cour. Ceci est contesté par ceux qui prétendent qu'elle accueille des gentilshommes besogneux, les oblige de toutes les façons et leur assure bon repas et bon gîte. N'a-t-elle pas ainsi contribué à jeter sa fille dans les bras d'un gentilhomme provincial désargenté qui s'est empressé de l'épouser en catimini lorsqu'elle a fui son couvent pour le rejoindre? La mort de Mme de Moras, le 11 janvier 1738, aurait été précipitée par ce scandale. Souvent, il est fait allusion à son esprit sot, impertinent et borné. Elle aurait mené une vie libertine et débauchée, surtout après la mort de son mari.
Force est de constater que si l'histoire du marquis de Moras fait encore la une des publications du xixe siècle et du début du xxe siècle, c'est que son hôtel particulier, vendu d'abord au duc de Biron, est devenu le couvent du Sacré-Cœur avant de devenir le musée de Rodin, l'occasion pour les journalistes de rappeler à chaque fois l'histoire si romanesque du premier propriétaire qu'elle ressemble à s'y méprendre à un roman-feuilleton.
L'héritage légué à sa famille:
De son vivant, Abraham Peyrenc de Moras n'a pas négligé sa famille[16]Son frère cadet, Louis, devient grâce à sa protection, seigneur de Saint-Cyr et sa fille épouse en 1735 François-Jean-Baptiste de Barral de Clermont, conseiller au Parlement du Dauphiné puis président à mortier. L'autre frère qui n'a pas d'ambition devient l'abbé Moras, membre de la congrégation de Saint-Antoine, à Metz. A sa mort, M. de Moras laisse à sa femme et à ses trois enfants une fortune colossale dont profitera surtout l'aîné, François-Marie, pour s'établir et devenir intendant puis ministre. Son fils cadet, commissaire aux requêtes du Palais, meurt relativement jeune. Sa fille Anne-Marie dont on a cassé l'alliance rocambolesque avec Louis de Courbon finira par se remarier avec le comte Merle de Beauchamp, ambassadeur de France au Portugal.
L' inventaire après décès a été déposé auprès du notaire de famille parisien,Thomas-Simon Perret[17]. Il occupera différents notaires de novembre 1732 à février 1733. Il comporte un nombre impressionnant de feuillets. Il est vrai que la fortune de Moras est estimée à 5 849 702 livres dont 2 337 017 livres en immeubles réels[18]. Y sont consignés tous les baux des innombrables fermes de diverses régions: Vivarais, Forez, Auvergne, Limousin, Perche, Brie, Bas-Poitou. Rien que les baux des fermes échus à Noël 1732, y compris ceux des moulins, des forêts, des étangs et des tuileries, se montent à 83 706 livres. M. de Moras touche à Paris les loyers de dix-huit locataires à la Croix rouge et quelques autres, rue Cassette, Place Maubert, rue de Vendôme et rue de Saint-Jacques. De nombreuses personnes lui doivent les arrérages des rentes qu'elles ont contractées auprès de lui, parmi elles, le duc de Nevers, M. de Caumartin, M. et Mme de la Rochefoucault ou le marquis de Bissy. Ses appointements par mois semblent presque une goutte d'eau, comparés aux sommes précédentes: 4 620 livres. Parmi les châteaux et demeures, seuls sont inventoriés le château de Moras, de Champrose, du Ménillet, de Cherperine, la maison de Monfermeil et l'hôtel de la rue de Varenne qui sera vendu 450 000 livres par les héritiers Moras, le 7 mai 1758. Ne sont pas mentionnés dans l'inventaire la maison de la rue des Capucines acquise en 1729, le château de Livry et surtout les actions de la Compagnie des Indes au nombre de 125, représentant une somme de 225 000 livres.
Famille
D'une famille originaire des Cévennes, François Marie Peyrenc de Moras est le fils d'Abraham Peyrenc de Moras (1686-1732), lui-même fils de chirurgien-barbier enrichi dans le système de Law, et d'Anne-Marie-Josèphe de Fargès (1699-1738), fille de munitionnaire. Leur noblesse est toute récente, elle date de 1720. Il a comme ami d'enfance Antoine-François Boula de Montgodefroy[1], né comme lui en 1718 et comme lui issu d'une famille de noblesse récente (1705), qui deviendra conseiller au Parlement de Paris en 1739 puis grand chambrier en 1769.
La fortune acquise par son père est considérable. Aux hôtels parisiens, place Louis-le-Grand et rue de Varenne, s'ajoutent les châteaux à la campagne : Moras, Livry, Cherperine, Champrose avec la vieille seigneurie du Ménillet, tenu de déclarer au roi les biens immeubles mouvant qu’il possède aux Chapelles Bourbon parce qu’il vient (seulement) d’hériter officiellement des biens de la succession de ses parents (12 années avaient été nécessaires à cause des procès que sa sœur, déshéritée, avait intentés)
Il ne donne que quelques pièces de terres ou d’eaux pour ce qui relève du Ménillet. La raison en est que la seigneurie est tenue en franc-alleu-noble depuis le 19 mai 1645 et il le sera jusqu’aux Bourbons, par conséquent, château, ferme, colombier, bois taillis, etc... ne sont pas tenus en fief du roi et ne prêtent à aucun hommage ou aveu. Du roi ni de quiconque, énorme privilège. ⚜️⚜️⚜️
La suite de cette étude reviendra plus précisément sur cet aspect de l’histoire de la vieille seigneurie du château du Ménillet: il est essentiel et marque une particularité du Ménillet sur bien des châteaux de France....
Il est l'aîné d'une fratrie : Alexandre-Louis est né en 1722 et Anne-Marie en 1724. Leur père meurt en 1732. François-Marie a alors 14 ans. Six ans plus tard, c'est leur mère dont on dit qu'elle est morte de chagrin après le mariage rocambolesque de sa fille qui s'est enfuie du couvent du Cherche-Midi (Une adresse connue par la Comtesse de Verrue, hasard ou coïncidences ???), pour rejoindre et épouser en catimini M. de la Roche-Courbon[2]. Sa mère, bien que fautive, l'a déshéritée et ses oncles ont engagé des poursuites. Le marié a fui en Italie et la jeune fille a été placée au couvent d'Yerres, jusqu'à sa majorité.
La Roche-Courbon étant mort, Anne-Marie, un peu "empâtée" à 27 ans, peut se remarier avec un gentilhomme provençal, Charles-Louis, comte de Merle de Beauchamp, diplomate et ambassadeur à Lisbonne. Ses deux frères font le mariage qu'on attend d'eux. Alexandre-Louis de Saint-Priest (1721-1765) a reçu, outre le marquisat de Saint-Priest et la ville de Saint-Étienne, des terres en Auvergne et a acheté à son frère la seigneurie d'Auzon. Conseiller au Parlement de Paris à 22 ans, il épouse Jeanne Barbery de Courteilles, fille de Jacques-Dominique, intendant du Béarn. François-Marie épouse Marie-Jeanne-Catherine Moreau de Séchelles, après contrat passé devant notaire, le 13 juin 1739[3]. Les armoiries des deux familles sont représentées ici sur la reliure de livre. La belle-famille demeure à Paris, place Louis-le-Grand mais Jean Moreau de Séchelles est en poste à Valenciennes comme intendant du Hainaut depuis 1727. La jeune mariée apporte, en avance sur la succession de ses parents, une dot de 400 434 livres. Son mari apporte un principal composé du tiers de la fortune de son père et de la moitié de celle de sa mère, auquel s'ajoutent 200 000 livres, rien qu'en meubles, équipages, vaisselle d'argent, pierreries et une bibliothèque de 20 000 volumes. François-Marie, outre qu'il est cultivé, dispose d'une fortune et de relations dans le monde de la finance. Son chemin est tout tracé, mais force est de constater qu'il restera peu de temps dans chaque charge.
Parlementaire, intendant, contrôleur général
Il entame sa carrière[4] dans la charge de conseiller au Parlement de Paris dès le 21 juin 1737. Il acquiert celle de maître des requêtes le 17 août 1742. Le 4 juin 1745, il est nommé lieutenant des chasses de la capitainerie de Livry et Bondy. En 1750, il entame, à l'âge de 32 ans, la tournée des intendances, à Riom en Auvergne, puis deux ans plus tard dans le Hainaut à Valenciennes. Là où son beau-père a passé 16 ans, il en passera deux. Au cours des deux années passées à Riom, il fait preuve d'humanité envers les plus démunis. Il obtient une remise d'impôts de 120 000 livres pour ses administrés[5]. En 1751, lors d'une disette, il réussit à empêcher l'achat de blé auvergnat par les intendants d'Orléans et du Quercy. Dans son action industrielle, il tente sans trop de succès l'introduction du ver à soie mais il développe l'activité des teintureries. Il soutient la coutellerie à Thiers ainsi que les papeteries en introduisant le papier de Hollande. Enfin, il encourage l'ouverture d'une mine à plomb à Saint-Amant-Roche-Savine, qui est certes sur ses domaines. En 1752, peu avant son départ, il désenclave l'Auvergne en ouvrant des chantiers de routes royales en direction de Lyon, de Montbrison et du Languedoc. Sa nomination comme intendant du Hainaut fait de lui le successeur de son beau-père. C'est aussi une promotion car le Hainaut est un lieu stratégique au rôle militaire important face aux possessions autrichiennes, ce qui le place directement sous l'autorité du secrétaire d'État de la guerre.
En 1755, il quitte le Hainaut pour devenir intendant des finances auprès de son beau-père, contrôleur général des finances depuis 1754. Celui-ci fait une crise d'apoplexie en juin 1756, ce qui propulse Moras à son poste. Sous sa direction le Contrôle général se dote de conseillers techniques dont le plus écouté est son cousin viganais, Jean-Maurice Faventines. Moras ne reste que quatorze mois à l'hôtel de Lionne qui lui a été accordé par la grâce de Louis XV. Le contexte est difficile : on est en pleine guerre de Sept Ans. La France est en conflit avec l'Angleterre depuis le 9 juin 1756. Sur toutes les mers, les escadres françaises et anglaises s'affrontent et la tâche de Moras est de procurer au gouvernement les fonds extraordinaires indispensables à la guerre. Pour cela, il proroge des taxes et impôts déjà existants, mais il ajoute de nouvelles impositions. Le doublement du vingtième suscite la démission collective des magistrats du Parlement. Non seulement il s'est fait des ennemis mais les impôts ne suffisent pas. Il doit se faire avancer 10 millions par les receveurs généraux des finances, lancer deux loteries de 36 et 40 millions. Au total, il emprunte 112 millions.
Secrétaire d'État de la Marine
Le 1er février 1757, à la disgrâce de Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville - son successeur Antoine Alexis de Perier de Salvert étant décédé avant sa prise de fonctions, il devient secrétaire d'État de la Marine tout en conservant le contrôle général des finances jusqu'au 25 août 1757, date à laquelle, ne souhaitant pas mener de front deux départements importants, il s'en dessaisit au profit de Jean de Boullongne, intendant des finances qui prépare le retour du Parlement de Paris. Il est nommé ministre d'État le 8 février 1757 et se maintient à la Marine jusqu'au 31 mai 1758. Louis XV, en le nommant à ce poste, a été influencé par la marquise de Pompadour, proche de Moras, mais il a sans doute aussi l'arrière pensée qu'il est l'homme de la situation à cause de ses relations bancaires utiles au financement du rétablissement de la Marine royale. Cela n'empêche pas qu'on se gausse de sa nomination dans une de ces chansons dont le Paris du XVIIIe siècle est friand.
"Pour raser l'Angleterre, on met au ministère Peyrenc dont le grand-père faisait fort proprement des barbes au Vigan."
Ses pairs ne sont pas plus tendres avec lui. Choiseul trouve qu'il ressemble à une "grosse pièce de bœuf et n'a pas plus d'idées, plus de combinaisons dans la tête qu'elle ne peut en avoir;" d'Argenson file l'image et dit: "À le voir, il paraît bœuf et avoir la mâchoire épaisse, il a l'esprit gauche et pédant, c'est un gros garçon auquel le travail coûte."
S'il est un médiocre administrateur, il est en tout cas honnête, consciencieux et appliqué, même s'il n'atteint pas tous ses objectifs. Au mois d'août 1757, après avoir fait fortifier le port de Brest, il somme l'intendant Ruis-Embito et le commandant de la marine Guébriant de se concerter pour mettre Rochefort et les rades en état de défense. Le manque de fonds, de matériel et de personnel fait qu'il a du mal à soutenir les opérations courantes de différentes escadres et surtout celles de la flotte d'Amérique du nord. Au printemps 1758, il ne parvient qu'à envoyer 16 navires de ligne contre la trentaine de navires britanniques qui croisent au large de Louisbourg. Il intègre des capitaines marchands, des roturiers donc, parmi les officiers de la marine royale. Il finance des flottes marchandes comme celles du marchand bordelais, Abraham Gradis. Grâce à leur intervention, il crée un pont maritime qui permet au Canada de résister à l'attaque des Anglais dans la zone du lac Champlain. Pour dynamiser la démographie des colonies, il autorise au Canada l'implantation de protestants d'Alsace. Auparavant, seuls, les catholiques étaient autorisés à immigrer. Sans doute n'a-t-il pas oublié ses origines huguenotes. Préoccupé par la disette qui menace la colonie, il encourage la pêche des navires espagnols dans les eaux de Terre-Neuve et fait son possible pour protéger les convois en les faisant escorter par des frégates. Il encourage Montcalm à collaborer avec les Amérindiens, il initie les premières enquêtes sur la corruption au sein des administrateurs canadiens, encourageant une implication dans l'administration dont il donne l'exemple. Malgré toutes les dépenses consenties dans son service, il ne réussit pas à établir les infrastructures suffisantes pour la flotte en Amérique du nord. Le commerce dans les Caraïbes paiera le prix de sa préférence pour le Canada. Quand il quitte le département, celui-ci est grevé de 42 millions de dettes.
Retraite
Il se retire des affaires, conservant sa qualité de ministre d'État et la pension afférente. Les appointements sont élevés: un secrétaire d'Etat touche de 55 à 80 000 livres, la pension versée par le roi est de 40 000 livres. Comme il ne faut pas s'éloigner de la Cour, au risque de se faire oublier, les Moras louent depuis 1757 pour mille écus une maison à Glatigny. Le 28 septembre 1757, Mme de Moras présente à la Cour sa belle-sœur, Mme de Merle. Les commentateurs disent qu'elle est fort grasse, mais que sa figure est plutôt bien que mal, certains lui trouvent un air de ressemblance avec l'infante, duchesse de Parme. À Paris, Les Moras résident dans leur hôtel, rue du Regard dans la paroisse de Saint-Sulpice. Entre 1762 et 1770, Moras entreprend la vente d'un certain nombre de biens acquis par son père.
Le 28 Mars 1762 il vends les terres de Champrose, la seigneurie du Ménillet à Louis XV que le roi mettra au panier d’échange contre, le Comté d’Eu, la Baronnie du Beaujolais et la principauté des Dombes, (territoires appartenant à Louis-Charles de Bourbon son cousin, fils du Duc du Maines et petit fils de Louis XIV).
Louis XV veut ce dernier territoire face à la Savoie, ennemi du Royaume de France.
Moras vendra en 1770 celle d'Auzon et en 1778, une maison, sise rue de Vendôme.
Près de Paris, il achète en 1762 aux héritières de Germain Louis Chauvelin le château de Grosbois qu'il affectionnera tout particulièrement. Le château est au milieu d'une forêt de 500 hectares qui rapporte 14 800 livres en 1762[6] et qui est en outre giboyeuse. " Hors la consommation de la maison, il est vendu pour 3500 livres de gibier par an." La ferme est considérable avec ses 160 hectares et son cheptel. Moras est généreux avec son personnel. Le concierge touche 700 livres par an, le chef jardinier 1.600 livres et chaque garde-chasse (ils sont cinq) 300 livres. Une vingtaine de domestiques est employée: trois valets de chambre, deux femmes de chambre, deux cuisiniers, deux maîtres d'hôtel, un rôtisseur, deux garçons d'office, cinq laquais, un frotteur, deux cochers, deux postillons, un jardinier, le concierge et sa femme, auxquels s'ajoutent un secrétaire particulier et un régisseur. En plus de la réparation des presbytères et des églises qui incombe à tout seigneur, Moras s'acquitte des gages d'un maître d'école et du chirurgien d'Yerres attaché au soin des pauvres.
Un an avant l'achat de Grosbois, Mme de Moras a acquis en son nom personnel la seigneurie de Tresneau, près de Châteauneuf-en-Thymerais, dans la généralité d'Alençon (actuel département d'Eure-et-Loir). Que ce soit à Tresneau ou en Auvergne, Moras semble avoir à cœur de faire tracer des routes. À Tresneau, l'allée forestière qui traverse la forêt et rejoint le château par l'allée royale porte son nom. Sa percée date de 1761, ce qui permet de dire que M. de Moras en est l'instigateur. C'est d'ailleurs lui et Mme de Pompadour qui signent, le 25 juin 1756, le contrat d'association de Cassini III[7]. L'histoire est la suivante[8]: M. de Séchelles a suspendu les travaux de cartographie pour alléger le déficit budgétaire. Cassini va voir le roi auquel il montre la feuille de Beauvais, celle où figurent les environs de la résidence royale. Le monarque est ébloui par la précision des détails et exprime son regret de ne pouvoir soutenir le projet auquel s'oppose son contrôleur général. Trois jours plus tard, au coucher du roi, Cassini lui soumet son projet de société. Le roi acquiesce et lui remet la liste des seigneurs qui ont montré le plus d'empressement à cet ouvrage. Moras vient de succéder à son beau-père au poste de contrôleur général et lui apporte son soutien.
En 1765, à la mort de son frère cadet, Moras hérite de la seigneurie de Saint-Étienne qu'il a déjà parcourue avec lui puis avec sa femme, en tant qu'intendant d'Auvergne[9]. À partir de cette date, ses séjours se multiplient et se font plus longs, si bien qu'en août 1756, il achète le domaine du Clapier et en 1770 une vaste propriété construite, sur la colline Sainte-Barbe, par une riche famille d'armuriers, les Carrier. Cette demeure, appelée par les Stéphanois le château de Tardy, est close de murs et entourée de jardins qui vont être redessinés à la française tandis que le chemin d'accès est élargi et aplani pour faciliter l'arrivée des carrosses. La demeure comporte dix-neuf pièces sur deux étages. Moras la fait meubler et aménager au goût du jour. La cuisine est remarquablement équipée. Il faut dire que le maître des lieux aime la bonne chère, ne conçoit pas une cuisine sans chocolatière, cafetière et pâtisserie et est accompagné par ses cuisiniers lors de ses déplacements. Le vestibule a un plafond à la française, à poutres apparents, la salle à manger quatre panneaux en trompe-l'œil représentant des vues de Saint-Étienne et des environs. Le salon est paré de fines boiseries et les murs recouverts de tapisseries en indienne. C'est aussi en 1765 que Mmede Moras demande à Joseph Ducreux, pastelliste de la reine, de faire un portrait d'elle[10].
Moras a un réel intérêt pour la ville de Saint-Étienne, il demande à être bailli de Forez et le devient en 1766 avant de devenir gouverneur et lieutenant du roi en 1767 pour la ville de Saint-Étienne. Il y rétablit les droits de justice qui lui reviennent en tant que seigneur et fait construire un bâtiment pour servir de palais de justice. Mais la maladie interrompt ses autres projets. Il meurt le 3 mai 1771 dans son hôtel parisien.
Funérailles et dispositions testamentaires
Les obsèques ont lieu le lundi 6 mai 1771, à l'église Saint-Sulpice, en sa paroisse, puis selon ses volontés, sa dépouille est transférée en l'église de Boissy-Saint-Léger, où il entendait reposer près de M. et Mme Chauvelin, les précédents seigneurs de Grosbois. À l'approche de sa mort, le 2 mai, il a ajouté un codicille à son testament du 10 janvier 1771[11]. Fidèle à sa parole (n'avait-t-il pas dit: "je ne veux pas qu'il y ait un seul pauvre dans les paroisses qui dépendent de ma justice."), il pourvoit les seigneuries lui appartenant ou lui ayant appartenu ainsi que deux paroisses parisiennes d'une rente annuelle allant de 200 à 800 livres, à destination des pauvres. Celle-ci sera distribuée par les sœurs, les curés ou les marguilliers de la paroisse, tantôt pour soulager les malades par l'achat de médicaments, tantôt pour distribuer du pain. Il lègue à l'Hôtel-Dieu de Saint-Étienne 25 000 livres pour accueillir dans une salle "les pauvres femmes grosses qui y seront accouchées, nourries et soignées jusqu'à leur rétablissement" et il espère que "son exemple sera suivi et devienne le commencement d'un établissement plus considérable."
Ceux qui l'ont servi recevront, en plus de leurs gages de deux ans (ce qui est usuel), une rente, tels son ancienne femme de charge, Mlle Sanson, demeurant à Clermont-Ferrand, ses deux valets qui l'ont servi avec dévouement pendant sa longue et fatigante maladie et tous ses autres domestiques, en fonction du temps passé à son service. Ceux qui l'ont honoré de leur amitié sont également couchés sur son testament et la liste est longue: le Président de Barral, M. Boudet, ancien avocat, Mme la comtesse Le Camus, M. d'Ormesson, M. de Saint-Fargeau mais aussi la fille de l'ancien régisseur des terres de Saint-Priest et ses filleules, fille de cocher ou villageoise, et encore bien d'autres.
N'ayant pas eu d'enfant, Moras a fait de sa petite-nièce, Anne-Marie Merle de Beauchamp (1751-1801) sa légataire universelle. Elle et son mari, Pierre Gilbert de Voisins (1749-1792) héritent du château et du domaine de Grosbois qu'ils vendent au comte de Provence, pour 1 800 000 livres, le 30 août 1776. Son petit-neveu, M. Hérault de Séchelles, reçoit 20 000 livres. Sa cousine germaine maternelle, Mme de Langeron, Mlle de Simiane, la petite-fille de la comtesse de Blet, Mme la marquise de Belmont, fille de Mme Blet, personne n'est oublié. Quant à sa femme, elle dispose de l'usufruit, pendant sa vie, des terres de Saint-Priest auquel elle renonce, le 12 avril 1755, au profit de Gilbert de Voisins qui devient seigneur de Saint-Étienne mais n'y réside pas et qui est guillotiné en 1793[12]. Lié à Rousseau et au clan philosophique, il est partisan des idées nouvelles. D'abord émigré à Tournai, il rentre en France au printemps 1792 et lors de sa deuxième arrestation, il est condamné à l'échafaud. Mme Moreau de Séchelles meurt en 1791. Dans son testament[13], elle tient à gratifier de dons tout ceux qui l'ont servie ainsi que les pauvres de la paroisse. Elle fait aussi la demande qu'un domestique la veille toute une journée avant que sa dépouille soit enterrée.
Le nom Peyrenc de Moras s'éteint alors définitivement.
Quand nous voyons cette liste impressionnante de propriété, ne soyons pas étonnés que bon nombre de châteaux de France seront détruits à la révolution française et malheureusement ce sera le cas de Champrose, terres voisines du Ménillet.
Il n’y a pas de cause à effet, mais remettons nous dans le contexte de l’époque où la population crevait par le matraquage d’impôts, j’ai retrouvé cette citation de Colbert et Mazarin qui n’a pas pris une seule ride !!!!
400 ans ...... et toujours en vigueur !
On croirait un conseil des Ministres de la cinquième république !!!!
Colbert :
«Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus.
J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou..»
Mazarin :
«Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison.
Mais l'état, c'est différent.
On ne peut jeter l'état en prison.
Alors, il continue, il creuse la dette !
Tous les états font ça...»
Colbert :
«Ah, oui ? Vous croyez ?
Cependant, il nous faut de l'argent. Et comment en trouver quand on à déjà crée tous les impôts imaginables ?»
Mazarin :
«On en crée d'autres.»
Colbert :
«nous ne pouvons pas taxer les pauvre plus qu'ils ne le sont déjà.»
Mazarin :
«Oui, c'est vrai, c'est impossible !»
Colbert :
«Alors les riches ?»
Mazarin :
«Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Et un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres !»
Colbert :
«Mais alors comment fait-on ?»
Mazarin :
«Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches... Des honnêtes citoyens qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres !
C'est ceux là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là.... plus tu leur prend, plus ils travaillent pour compenser ;
C'est un réservoir inépuisable.»
Extrait du "diable rouge">
... et c'était il y a 4 siècles !
Nous connaissons malheureusement les événements historiques qui chambouleront l’avenir de la France et l’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement, soyons sûr quelle nous rappellera à ses mauvais souvenirs les plus sombres, vive l’argent populaire, il a bonne odeur et reste une mane inépuisable !!!! @JLT
Sources internet, ANF
Recherches historiques: Nicolas Rubisiak Historien des châteaux
Photos internet et propriétaire @JLT
@JLT

Images (3)

N°7 Abraham et François-Marie Peirenc de Moras propriétaires du Ménillet
Mesnil-Forterest

L'auteur Mesnil-Forterest est l'auteur de ce message sur Les Chapelles-Bourbon (Seine-et-Marne) publié le mardi 23 mars 2021 à 15h43.

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